FEMMES DE MONTAGNE

 

Dans ma commode des affaires pour l’hiver je garde deux chaussettes en laine blanche comme un agneau; je ne m’en sers pas mais dès que je les tiens dans mes mains j’en perçois la souple rudesse, je les vois s’imbiber d’une lumière chaude et familière, la même lumière qui caresse le dos d’un troupeau qui repose.
Elles sont nées, semblables à des nids douillets, des mains d’une femme d’Albaredo, une de ces femmes que l’on voit tricoter, sur les photos de ce livre, par un bel après-midi en alpage.
Cet album rassemble les photos que Giampiero Mazzoni dédie à la femme de montagne, comme un chant susurré, à la manière d’une litanie; dont le nom est répété en une couronne de façons mais demeure immuable dans le son et dans le fond: femme laborieuse, femme de solitude, femme de prière, femme de pauvreté, femme de sacrifice.
La femme du village juché sur le versant abrupt de la vallée du Bitto, sur le chemin de l’ancienne Via Priula, n’est pas très différente de celle qui, il y a quelques siècles, voyait passer entre les maisons des hommes et des mulets, des pèlerins et des marchands qui trafiquaient entre Venise et les Grisons par le col San Marco. De même toute autre femme des vallées que l’objectif de Giampiero Mazzoni a regardée avec attention et a saisie avec affection et discrétion ne ressemble pas aux femmes de maisons d’aujourd’hui, des bureaux, des écoles, des usines ou de magasins; elle s’habille avec austérité, comme une religieuse: chaussettes de laine, tablier ou jupe pesante jusqu’aux pieds, sabots, remplacés par des bottes en caoutchouc, un mouchoir gardant les cheveux, un châle croisé sur la poitrine.
Depuis toujours elle se lève tôt, apporte du bois, allume le feu, chauffe le lait, fait le fromage, travaille la laine et le chanvre, sait faire de tapis de chiffons, s’occupe des bêtes, des moutons, des chèvres, des poules et des vaches, est là quad on tue le cochons, mange peu, laboure le champ comme un oiseau qui gratte la terre, sème la pomme de terre, sait élaguer et lier les arçons de la vigne.
Elle a toujours queque chose à faire, elle chemine seule ou avec un enfant, ou encore précédée d’une bête, sur des sentiers qui coupent des prés escarpés ou disparaissent dans les bois profonds, sans craindre le silence et la nuit qui menace.
Sur son dos une hotte débordante de foin ou de feuilles pour la litière, pleine de bois ou de lisier qu’elle va épandre de ses mais dans les prés, dans ses doigts des aiguilles à tricoter ou un chapelet.On a du mal à imaginer cette femme au epos, en train de savourer des instants de détente ou d’intimité familiale.
Elle est silencieuse comme ses bêtes; elle possède peu de mots, essentiels, de son patois; ils constituent son vrai langage qui prend vie sur la pellicule en noir et blanc, en plan rapproché ou en plan d’ensemble, la femme évoluant en plein air.
Parfois l’objectif pénètre dans une pièce pour saisir un entretien familial autour du chaudron où le lait est en train de cailler; espace mesuré, l’homme discret dans l’ombre, la femme émergeant grâce à un léger contre-jour.
Giampiero Mazzoni a documenté les journées et les saisons de la femme de montagne au milieu de ses choses, dans l’étable, dans sa cuisine, en train de monder des châtaignes devant sa "bàita"; il s’est servi d’une lumière confiante et paisible pour être à côté d’elle, pour en faire la protagoniste de l’image, sans forcer les tons du noir et blanc; il a su éviter les excès des contrastes; il raconte sans emphase, dans un gris lumineux et serein, l’histoire de ces femmes qui, à l’approche du troisième milllénaire, répètent les gestes de leurs mères et de leurs grand-mères.
Notre époque détonne avec ses sacs en plastique, ses bottes en caoutchouc, ses jupes en jeans, elle pollue jusqu’aux alpages où, par contre, il est naturel de remplir les matelas de feuilles de maïs ou de hêtre, montés depuis le village.
Giampiero Mazzoni est proche de cette femme, en capte la force et la résignation, la complainte ancienne lorsqu’il l’enveloppe dans les vagues lumineuses des prés, quand il l’installe au centre de la clarté de la vallée, lorsque, à contre-jour, il transforme la poussière des châtaignes sautillant dans un van en un essaim d’étincelles entourant un visage endurci par la fatigue, quand, devant une chapelle dans l’ombre, il observe la femme fagotant patiemment des brindilles éparpillées.
La photographie de Giampiero Mazzoni relate, à l’abri d’effets spectaculaires et sans forcer la nature, l’histoire d’une femme modeste, liée à son devoir quotidien, éduquée aux privations, sachant tenir son ménage.
L’objectif s’approche d’elle, en observe la force ou la fierté, la surprend fragile en face de la nature, l’accompagne tout au long de la journée, sachant accomplir avec elle son dernier chemin.
La nouvelle femme de montagne, elle, on dirait une femme de Milan.


Testo di PerGiuseppe Magoni


Exposition photografique

FEMMES DE LA MONTAGNE

But de cette exposition

L'exposition représente une série de documents photographiques concernants le travail de la femme dans les montagnes de Valtellina e ValChiavenna. L'ensemble des photos se propose de mettre en valeur et rendre hommage à l'image de la femme qui a été et encore est indispensable pour la sauvegarde de la culture du lieu, pour les activités traditionnelles et pour le maintien de l'environnement et de l'espace.
La séquence des photos montre en effet la façon grâce à laquelle les femmes de la montagne ont réussi à survivre dans des lieux difficiles, en ayant toujours un rapport très serré avec la nature, dont elles exploitaient les ressources, tout en soignant l'environnement. Les villages de montagne, loins de grands réseaux de communication, ont vu les femmes témoigner l'affirmation d'une culture et d'une societé au féminin. Les femmes ont toujours dû se débrouiller toutes seules, parce que les hommes n' étaient pas là, à cause de l'immigration ou des guerres ou d'un travail loin.
L'exposition prouve que, aujourd'hui encore, la plupart d'initiatives dans les montagnes sont conduites par des femmes. Dans les villages et dans les vallées où restent des femmes, la montagne ne meurt pas, au contraire les femmes sont en train de démontrer une vivacité, une habileté d'entrepreneur et un dynamisme qui peuvent pousser des initiatives de production dans la microéconomie des Alpes.
Le futur des Alpes est dans les mains des femmes?
 Il paraît que oui.
Sans la main d'oeuvre et la présence féminines, les traditions, les produits typiques, la culture de la montagne n'ont peut-être pas de perspectives. Jusqu'à quand les femmes vont descendre et remonter les prés sur les sentiers avec des hottes pleines sur leurs épaules? Jusqu'à quand elles travailleront le lait sur les alpages ou
dans leurs maisons et les femmes plus agées fileront la laine ou resteront à leur dévidoir ou agiteront le van pour nettoyer les châtaignes?
Cette exposition représente un reportage sur la vie de notre montagne, à travers l'exploration des milieux de la vie quotidienne où se répétent activités, usages et gestes anciens , qui nous ont été transmis par une longue chaîne héréditaire.
Un témoignage de la culture et des traditions d'un térritoire dont la valeur ajoutée est la solidité et la présence de ces valeurs authentiques qui constituent notre patrimoine culturel. Une authentique ressource pour un type différent de dévéloppement, soutenable culturellement, socialement et économiquement, en harmonie avec le milieu, qui n'en appauvrisse pas les ressources et qui ne détruise pas l'écosistème fragile de la montagne que les femmes ont construit et conservé pour des siècles.


Le parcours de l'exposition

L'exposition se dévéloppe à travers 10 thématiques:

1. Le travail des prés
2. La fenaison
3. Le travail du lait
4. Le travail des châtaignes
5. Le tissage
6. Les transports
7. Les animaux
8. Les choses
9. La famille
10. La religiosité

1. Le travail des prés

La terre, les animaux, le lait. Sur ces activités, les paysannes empruntent encore la mémoire séculaire du mêtier qui a nourri des générations de montagnards. Le travail de la terre demande des travaux spécialisés pour lesquels il faut des connaissances précises et beaucoup d'habileté.
Les photos mettent en évidence que la main d'oeuvre des femmes était et encore est indispensable pour le travail de la terre.
Les images montrent l'activité de fumage par le transport de l'engrais avec la hotte et la femme qui l' étale avec ses mains, un exemple de symbiose avec la nature, comme dans la culture des pommes de terre.
La récolte des feuilles est autant importante pour le soin et le nettoyage des fôrets. Les feuilles mêmes sont transportées dans l'étable comme matière première qui va continuer le procédé biologique et naturel dans le travail des prés et des champs, un procédé qui se répète dans les années.

2. La fenaison

La terre en pente, parfois très ripide, oblige à des travaux fatigants. Même si la femme peut s'aider de machines, elle doit tenir compte de l'âpreté de la nature qui continue à donner ses fruits au prix d'un biblique "sueur de son front".
Les images montrent des moment de la récolte du foin, du transport par la hotte du pré au fenil, beaucoup de fois très loin, une activité où la femme a toujours eu un rôle important, à cause de l'absence de l'homme qui la obligeait à soulever et à transporter des poids énormes pour donner la pâture aux animaux pendant l'hiver.
Les photos montrent aussi le travail du foin qui se déroulait avec un procédé très long. Il fallait toujours être dans le pré et travailler continuellement jusqu'au dessèchement dont le natural procédé était lié aux conditions atmosphériques.

3. Le travail du lait

Le travail du lait est fait de suites adroites et précises. Les images présentent le soin et les capacités téchniques de la femme dans le travail du lait. Là aussi on peut remarquer la présence de la femme; cela prouve que l'ensemble des activités productives marchait grâce à la présence de la main-d'oeuvre féminine. Les photos témoignent les moments du travail du lait fait à l'aide d'outillages traditionnels, l'activité à travers laquelle obtenir des produits typiques, tout à fait naturels et de bonne qualité, qui permettaient le soutien de la famille. Des images montrent le transport manuel du lait, avec des seaux d'aluminium, qui permettent de maintenir les caracthéristiques du produit qui pourrait se gâter si agité d'un manière non correcte.

4. Le travail des châtaignes

Les châtaignes ont toujours représenté un aliment important pour les habitants de la montagne.
Les châtaigneraies qui souvent poussaient naturellement fournissaient aux gens un produit alimentaire. La châtaigne devait être travaillée (dessèchement compris) à travers une véritable chaîne de montage, qui se terminait par la production finale.
Ces images montrent la série de ce travail et présentent les principaux moments du travail des châtaignes où les femmes jouent encore une fois le rôle principal: du vannage pour les nettoyer avec le van, jusqu'au triage et à la selection du produit.

5. Le tissage

Les photos décrivent l'activité artisanale du tissage, l'un des travaux plus traditionnels des Alpes. Elles montrent des jeunes femmes qui viennent de récupérer et relancer le tissage du tapis de retailles dans une vallée des Alpes Orobie, une activité presque abandonnée, qui a repris sa propre fonction grâce à la main d'oeuvre féminine dans un projet de remise en valeur de la culture des peuples de la montagne. On montre aussi le travail du chanvre, une culture typique des montagnes qui vient d'être remise en valeur par un projet expérimental soutenu par les vallées des Alpes Orobie italiennes. On voit des techniques traditionnelles du travail de ce matériel où l'on utilise des outils artisanaux pour produire des filés et des tissus.

6. Les transports

La terre en pente, parfois très ripide, oblige à des travaux pénibles: les distances qui existent entre les chalets et les hameaux demandent d'apporter sur ses épaules des quintaux de poids, sur des sentiers raides et étroits.
La série des photos présente la femme dans des images variées qui la mettent en évidence soumise aux plus fatigants des transports, toujours à l'aide de la hotte, remplie parfois d'engrais pour la pâture, parfois de bois pour rechauffer la maison, encore de foin pour les animaux, de feuilles pour l'étable ou de séaux de lait pour la maison ou la laiterie ou encore du sac à dos pour les provisions. Les images expriment la ténacité des femmes dans le transport de choses qui demandent une force physique hors du commun.

7. Les animaux

La femme de montagne entretient avec les animaux la même familiarité d'antan.
Elle doit les élever, les nourrir, les héberger, les soigner, les nettoyer, en échange du lait elle doit en avoir soin comme elle ferait de créatures humaines. Les photos montrent des moment où les femmes s'engagent aux soins et à l'élevage des animaux; une photo présente l'abattage du porc que la femme vient d'élever pendant l'été.
Elle a un rappport particulier avec les autres animaux: elle trait les vaches et les chèvres, elle élève les brebis, elle s'occupe des animaux de la basse-cour etc.

8. Les choses

Ces images présentent des raccourcis du paysage de montagne, l'intérieur des chalets avec les objets de tous les jours qui paraîssent parler un langage fort et tendre. Là où ils sont, ces objets, y ont vécu avec les femmes, les hommes, les enfants qui les y ont mis, qui les ont touchés, utilisés, nettoyés et regardés chaque jour. Au contraire, les images de l'extérieur semblent montrer la solitude, l'absence, comme réalité, pressentiment ou crainte. Voilà ce qui serait les villages, les routes, les maisons sans les gens, sans les femmes qui leur donnent la vie.

9. La famille

Dans ces photos on voit la femme dans sa famille.
En plus du ménage, du travail des champs, du travail du lait, de l'élevage des animaux, la femme devait s'occuper de sa famille et de ses enfants.
Les images montrent des scènes de la vie familiale où les femmes ont soin des enfants, préparent le repas et font le ménage (et la journée n'est pas faite de huit heures).

10. La religiosité

Bien sûr, la vie de la montagne a toujours été faite de religiosité aussi: collective, familiale, individuelle.
Chaque village a son église, son clocher, son saint, ses morts, ses chants, ses traditions. Un héritage bien enraciné qui se manifeste par les coutumes et les signes extérieures et qui a encore des ressources profondes.

 

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